Vous souvenez-vous de vos années d'école ? Dans son interview, Madame, Madame, parle de sa vie de prof, de ses élèves, de l'éducation et de son fameux blog...

Interview de Madame, madame : si l’école m’était contée…

Vous souvenez-vous de vos années d’école ? Et plus précisément du collège ?

Pour ma part, la réponse est oui, suivie d’un grand, d’un immense « hélas ». Parce que cette période est synonyme de mauvais souvenirs et de harcèlement. Mais en même temps, c’est aussi une période qui a été charnière dans ma vie, qui m’a aidée à me construire. Et je pense que ce doit également être le cas de beaucoup de monde, pour ne pas dire tout le monde !

Parce que l’école est primordiale dans le développement d’une personne. Et pas seulement par les enseignements théoriques qu’elle nous transmet…

J’ai choisi aujourd’hui d’interroger l’auteure du blog Madame, Madame, qui nous raconte sa vie de prof, avec tendresse, humour et bienveillance !

Mais d’abord…

L’école : ce lieu d’apprentissage et de construction identitaire

Pourquoi l’école apparaît pour moi comme vecteur indispensable de construction identitaire ? Tout simplement parce que c’est l’endroit où votre enfant (et vous-même jadis…hehe…) va passer la moitié de son temps :

  • C’est là qu’il/elle rencontrera ses premiers « mentors » : des profs, pions, AVS… particulièrement bienveillants, drôles, ou passionnants, qui sauront lui transmettre l’envie d’apprendre, de croire en ses capacités.
  • A l’école, il apprendra à appartenir à un groupe social : sa classe, son établissement scolaire, et à plus petite échelle son groupe d’amis. C’est une première étape pour forger son avenir : apprendre à s’intégrer dans une équipe, respecter la place de chacun…
  • Ou encore, il forgera peu-à-peu son esprit critique : étape indispensable pour développer sa capacité à prendre des décisions par lui-même !

Et encore tellement d’autres choses ! Le rôle d’enseignant, de pédagogue, tient donc un rôle primordial dans la vie des bambins…

La pédagogie à l’école

Je ne suis pas une professionnelle de l’enseignement, ni de l’école de façon générale. Mes propos sont uniquement fondés sur mon vécu personnel et celui des enfants que j’ai pu accompagner (en tant qu’assistante de service sociale ou qu’animatrice).

Mais pour moi, si l’école ne doit pas chercher à se substituer à la famille, elle ne doit pas non plus négliger son rôle dans la vie d’un enfant.

Déjà parce que tous les enfants ne peuvent pas bénéficier d’un cadre ou d’un support à la maison. Pas toujours volontairement d’ailleurs, il n’est pas nécessairement question de malveillance mais parfois simplement de difficultés personnelles (illettrisme des parents, situation de handicap…) qui empêchent le parent d’être aussi investi qu’il le souhaiterait.

Ensuite, parce que l’école est un socle commun. Pas dans l’idée de créer des mini-clones en série. Mais plutôt pour transmettre à la fois des connaissances et des valeurs communes.

La dernière raison est plus personnelle. J’ai appris sur le tard, que j’avais une intelligence kinesthésique. Entre autres, cela créait un lien fort entre mon rapport avec l’enseignant(e) et ma capacité à apprendre. Lorsque ça ne passait pas avec un(e) prof, je faisais une sorte de blocage… Et chaque enfant dispose de son propre mode d’apprentissage d’ailleurs. Rester assis(e) derrière un bureau pendant des heures ne correspond pas à tout le monde… Il est donc important d’adapter l’enseignement, l‘éducation, pour pouvoir favoriser une véritable pédagogie, ce qui est difficilement possible avec des classes de 30 élèves !

Madame, Madame : la prof que j’aurais bien aimé avoir…

Pourquoi ? Parce que, à la lecture des pages de son blog, je me sens d’emblée appelée par les valeurs qu’elle fait passer. Sa bienveillance, sa tendresse à l’égard de ses élèves qui peuvent parfois se montrer surprenants.

Voici en exclusivité une interview à laquelle l’auteur (Juliette pour les intimes) a bien voulu se livrer…


Blame It On Eve (BIO-EVE) : Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir prof ? 

Madame, Madame : Je ne pourrais pas te donner une date. Depuis toujours je crois. Petite je jouais à la maîtresse et ma sœur était toujours l’élève (la pauvre). A l’école, je voulais être maîtresse. Au collège, prof d’histoire. En prépa, prof de lettres ou de philo… A la fac, mon ambition était de devenir enseignante-chercheuse mais mes problèmes d’anxiété m’ont amenée vers le collège. Je ne te cache pas que je regardais ce monde d’un peu haut. En gros, je voulais être une intellectuelle et pas m’occuper d’ados incultes. Première semaine de stage en master, j’ai su que c’était ma place. La passion est la même depuis. 

Bio-EVE : Quelles sont les valeurs fondamentales, selon toi, dans l’éducation ? Celles que tu défends ?

Madame, Madame : Dans l’éducation… je dirai égalité de traitement et d’enseignement, liberté pédagogique (un bon enseignant doit être libre de ses contenus et de ses supports dans la limite des programmes et de la loi), solidarité et respect de l’autre. Bien sûr, ce sont les valeurs que je défends mais dans mon enseignement en particulier et parce que ma matière le permet (le français), je rajouterai le développement de l’esprit critique, le féminisme, le savoir comme pouvoir et la rhétorique comme instrument d’ascenseur social contre l’élitisme des classes dirigeantes. 

Bio-EVE : Et qu’est-ce qui manque ? Qu’est-ce qu’il faudrait développer davantage ou  au contraire supprimer du système éducatif actuel ?  

Madame, Madame : Dans les valeurs ou dans l’éducation nationale ? Parce qu’on manque de moyens ! En vrai, il manque de la reconnaissance du métier. Les profs se sentent dénigrés depuis très longtemps, ils passent pour des privilégiés alors qu’ils sont loin d’en être. Et puis du côté de l’éducation, il faudrait enlever l’hypocrisie des dirigeants qui pondent des projets de loi plus ambitieux les uns que les autres sans jamais donner les moyens de fonctionner. On fait un métier ultra humain et on a souvent l’impression d’être face à une machine qui broie tout sur son passage. Peut-être que certains profs devraient accepter qu’ils deviennent trop vieux pour ce métier et penser à une reconversion… c’est un métier trop prenant pour ne pas l’aimer. 

Bio-EVE : Que peux-tu nous dire de tes élèves ? Comment les décrirais-tu ? 

Madame, Madame : c’est difficile de les décrire sans être réducteur.  Disons qu’ils sont très différents les uns des autres. Ils viennent d’un milieu populaire, de quartiers sensibles dont on entend régulièrement parler dans le journal pour des histoires de règlement de compte. Certains veulent jouer les caïds, d’autres au contraire sortir du quartier à tous prix. Les filles ne se laissent pas faire alors que dans beaucoup de cas chez elles, elles ont moins de poids que leur frère. Ils sont drôles, gonflés, étonnants, débrouillard, ils ont beaucoup d’autodérision, ils adorent qu’on s’intéresse à eux et même quand je raconte ma vie !

Bio-EVE : As-tu pu noter quelque chose vis-à-vis de leur rapport aux inégalités et injustices (homme/femme, différences culturelles, religion, handicap, aspect physique…) ?  

Madame, Madame : Ah ça oui ! Surtout du côté des garçons. Beaucoup de mes élèves sont de confession musulmane donc la religion c’est sacrée et c’est parfois incompatible avec le féminisme et la tolérance. L’homophobie est crasse, vraiment. Tu vois ils ont moins de problème à écouter un rappeur raciste et misogyne que de regarder un clip de Bilal Hassani… on a encore du travail.

Bio-EVE : Par rapport à ton blog : tu y parles de ta vie de prof, tu racontes avec beaucoup d’humour et de tendresse les petits moments de ce quotidien un peu particulier. Qu’est-ce qui t’a motivée à créer ce blog ? Y a-t-il un message de fond que tu voulais faire passer ?

Madame, Madame : Je suivais un blog de prof qui racontait ses histoires et j’ai eu envie de raconter les miennes. Je ne me sens pas vraiment légitime à le faire… mes articles sont un peu naïfs, feel good, je parle plus rarement de mes moments de doute et d’échecs mais ça me fait du bien alors j’essaye de m’y tenir. 


Bio-EVE : Pour finir, voici une question un peu bizarre que je pose à tout le monde. Si demain, pour une raison ou une autre, tu deviens présidente du monde. Quelle est ta première mesure ? Le premier domaine auquel tu choisirais de t’intéresser ?  

Madame, Madame : Facile ! Je crée des écoles partout dans le monde et j’instaure l’école obligatoire pour tous les enfants. L’éducation et la culture sont à base de toute société libre. 


Vous voulez en savoir plus ? Alors foncez sur son blog et succombez vous aussi au charme attendrissant de Madame, Madame : https://madamemadameblog.wordpress.com/

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