Vous êtes victime de violences conjugales ? Ou vous pensez connaitre une victime ? Il est de la responsabilité de chacun d'ouvrir les yeux sur cette réalité...

Violences conjugales : au-delà des portes closes…

Saviez-vous qu’en moyenne une femme sur 10 serait victime de violences conjugales ? Le calcul est assez rapide… Essayez de trouver dix femmes dans votre entourage. Vous y êtes ? Alors, laquelle est concernée selon vous ?

Vous trouvez ça dur ? Vous vous dites que j’exagère ?

Le fait est que personne ne sait ce qui se produit derrière une porte close. De temps en temps une dispute qui s’envenime, des cris et des bruits de verres cassés pourraient donner l’alerte. Mais pas toujours, parfois la violence est insidieuse et ne fait aucun bruit. Un bleu sur le corps ? On en rigole ! « Mais quelle gourde je fais parfois » ! Et ce placard toujours au mauvais endroit, au mauvais moment…

Ma première confrontation aux violences conjugales

Lorsque j’avais 25 ans, j’ai été confrontée pour la toute première fois aux violences conjugales. Oui, bien sur, j’en avais entendu parlé avant, mais ce n’est pas vraiment pareil… J’étais partie étudier sur Albi et je me retrouvais, pour la première fois de ma vie, seule dans un tout petit studio.

Durant une après-midi, j’ai entendu des hurlements. Une femme appelait à l’aide dans l’immeuble. Je l’entendais taper aux portes. Les marteler de toutes ses forces… J’étais terrorisée. De base, vivre seule était source d’angoisse pour moi, mais là… C’était l’apogée. Et je me sentais d’autant plus mal que j’aurais voulu sortir pour l’aider mais que je ne m’en sentais pas le courage… La peur me tétanisait. Le plus triste dans tout ça, c’est que même appeler la police avait alors relevé d’une épreuve pour moi. Alors qu’au fond, c’était vraiment la base. Tremblante comme une feuille, j’avais composé le 17… Je leur expliquai ce qu’il se passait, que la femme hurlait dans le couloir et appelait à l’aide. Je sentais que ma voix chevrotait, ce qui semblait agacer mon interlocuteur. Il me demandait à 3 reprises : « où est cette personne par rapport à vous? ». Et je répétais : « elle est juste dans le couloir, elle crie… ». Sauf qu’à la troisième reprise, je rajoutai que j’avais entendu un gros bruit de verre brisé et que les cris s’étaient interrompus…

« Bon ben alors rappelez-nous si ça recommence ».

Je raccrochai encore sous le choc. Et je ne pouvais m’empêcher de les insulter mentalement de ne pas prendre la chose plus au sérieux. Je me disais qu’aussi bien la femme venait de se faire assommer… Voire pire. Et je culpabilisais de n’avoir pas eu le courage de lui venir en aide…

Je découvrirai plus tard une vérité cruelle…

L’accompagnement des femmes victimes de violences conjugales

J’étais montée sur Albi pour y suivre des études dans le but de devenir assistante de service social. Trois ans plus tard, je partais, diplôme en poche, sur Béziers pour y travailler dans la fonction publique. La polyvalence de secteur, c’est un peu le service social de base. J’y recevais entre 10 à 15 personnes par semaine, soit pour des demandes diverses et variées, soit dans le cadre d’urgences.

C’est dans ce tout nouveau cadre que j’allais me retrouver, de nouveau, confrontée aux violences conjugales. A une position quelque peu différente néanmoins. Les femmes victimes de violences représentaient une réelle problématique. Ne déformez pas mes propos. Elles n’étaient pas un problème, Mais leur situation oui. Parce qu’il est très difficile de trouver des solutions :

  • En ce qui concerne la mise à l’abri d’une part : si de nombreux professionnels, associations… Se joignent pour essayer de leur venir en aide, il y a parfois un manque cruel de solutions « adaptées », voire pas de solution du tout.
  • En ce qui concerne leur attachement à l’homme qui les maltraite : il existe tout un processus de violences-pardon-lune de miel qui conduit les victimes à répéter le même cercle vicieux.

Et si la première difficulté insurge les professionnels contre des dispositifs pas suffisamment adaptés ou performants, la seconde, quant à elle, va avoir un effet inverse…

Quand les professionnels se détournent des violences conjugales

C’est un fait. Certaines femmes étaient connues du service où je travaillais, ainsi que du service de gendarmerie. Pourquoi ? Parce que plus d’une fois elles avaient voulu partir, et plus d’une fois elles avaient fini par se détourner des mains tendues pour retourner auprès de leur compagnon violent…

Et c’est un fait… C’est épuisant d’avoir l’impression de vouloir aider quelqu’un qui ne cherche pas réellement à se sauver. Et c’est l’impression que, parfois (souvent ?), les professionnels peuvent avoir.

Mais il est important de ne pas s’arrêter à cela… Comme je répétais régulièrement : la question n’est pas de les sauver, mais de leur montrer que nous serons présents le jour où elles en auront besoin.

Des réseaux qui se mettent en place progressivement

Pour autant, il est important de souligner que les femmes victimes de violences conjugales ne sont pas seules. Oui j’ai été confrontée à des professionnels, parfois épuisés et blasés, parfois avec des bottes de cowboys un peu trop voyantes, qui s’avéraient plus néfastes qu’autre chose…

Mais il en existe également beaucoup qui cherchent à bien faire. Avec les outils à leur disposition. A leur façon, à leur échelle. Et du mieux qu’ils peuvent. Parce que n’oublions pas que le social est porteur d’une charge bien lourde à porter. Et que je n’ai, moi-même, pas réussi à supporter…

Honte, culpabilité et peur dans les violences conjugales

Le fait est qu’il est important de changer le regard global de la société sur les violences conjugales. Non, il ne s’agit pas de s’occuper de ses oignons. Et oui, en l’occurrence, il s’agit d’un oignon qui peut mordre la main qu’on lui tend. Mon image est pourrie mais passons…

Les violences, quelles que soient leurs formes, sont le problème de toute la société. Parce qu’une société qui choisit de fermer les yeux, c’est une société qui valide implicitement le maintien de tels actes.

Et que les femmes victimes de violences conjugales ne sont, hélas, pas en mesure de s’en sortir par elles-même. Pas tout de suite, pas sans soutien… Pas quand elles s’inquiètent aussi pour la sécurité de leurs enfants. Ou qu’elles considèrent qu’elles sont en partie responsables de ce qui leur arrive. Qu’elles ne méritent pas mieux. Ou qu’elles n’ont jamais connu que cette forme « d’amour ».

Alors si vous veniez à avoir des doutes, ou si vous étiez témoin, n’hésitez pas à tendre la main. Peu importe comment. C’est en ouvrant les yeux que l’on fera évoluer les choses…

Et les hommes victimes dans tout ça ?

Non je ne les oublie pas. En vérité, c’est un fait tout aussi inquiétant, si ce n’est plus. Parce que le sentiment de honte est encore plus présent. Le fait est qu’on en parle moins et que, d’après les chiffres, le nombre de femmes tuées par leur conjoint violent est bien plus élevé que celui des hommes.

Pour autant, là encore, il y a matière à ouvrir les yeux. Parce que, non, un homme qui se fait violenter par sa femme n’est pas une « lopette ». Qu’il n’est pas moins « homme » du fait de ce qu’il subit.

Encore une fois, toute forme de violence doit être proscrite. Qu’elle concerne une femme, un homme, ou même un enfant. La victime porte toujours une part de vulnérabilité. Et mérite donc, toujours, d’être défendue et protégée.

Les centres d’appel pour violences conjugales ou familiales

Parce qu’il est parfois difficile de faire le point sur les numéros à contacter en cas d’urgence, en voici quelques uns :

  • 3919 – pour les victimes de violences conjugales, accessible de 9h à 19h du lundi au samedi (durant toute la période du confinement).
  • 119 : pour l’enfance en danger.
  • 08.019.019.11 : pour les auteur(e)s de violence qui ressentiraient le besoin d’être aidé(e)s.

« Je m’oppose à la violence parce que, lorsqu’elle semble produire le bien, le bien qui en résulte n’est que transitoire, tandis que le mal produit est permanent. »

Gandhi
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